La Chose Ecrite - Recueil de Poésies - 2011

 

 

Ma passion pour le chant, la musique et les beaux textes m'amènent  tout naturellement à envisager l'écriture.

 

Encore faut-il choisir la forme !

 

Je parle de poésie frontale, de recherche de "l'état poétique"; le mode de vie choisi doit servir de point de vue !

 

Se libérer avec des mots est très sain. L'écriture thérapie a aussi sa place dans ce recueil, et son contenu est libérateur.

 

L'amour de mon pays, la Haute Marne, transpire aussi sur quelques pages.

 

En voici quelques extraits...


SATIRE À EURVILLE*

 

LE MAIRE MARIE LES GENS BONS

LE NOTAIRE MET SA CRAVATE

LE CHÔMEUR DORT DANS LA CHAUMIÈRE

L’OUVRIER USE LA PATRONNE

LE PATRON EMBARRASSE LA SECRÉTAIRE

LE COMPTABLE COMPTE LES MOUTONS

LE BOULANGER DISTRIBUE DES PAINS

LE LABOUREUR MET LA CHARRUE AVANT L’HÉBREU

LA COIFFEUSE EST EN PANNE

LE CORDONNIER EST À SAINT-DIZIER

L’INFIRMIÈRE EST MAL À L’AISE

LE MÉDECIN OCCUPE SES PATIENTES

LE CURÉ N’EN A CURE

LE FOU S’MOQUE DE TOUT

L’ÉPICIÈRE RANGE SON RAYON LASER

LE BOUCHER DÉSOSSE LA BICHE

LE MUSICIEN JOUE AVEC UNE NOIRE

LE PENSEUR PANSE SES PLAIES

LE GARAGISTE ESSAIE LA COIFFEUSE

LE DENTISTE PÈTE LES PLOMBS

LE PLOMBIER DIT “QUI C’EST”

LE PHARMACIEN LANCE UNE PILULE

ET LE CHASSEUR TIRE

 

*Commune de Haute-Marne (52)

 

    QUI SUIS-JE ?

 

EN SORTANT DE MON TROU

JAPERÇOIS SABINUS, UN SABOT DE VÉNUS

PUIS JE RENCONTRE ÉPONINE

ET LÀ, DÉJÀ, J’AI BONNE MINE.

TIMIDE, JE CONTOURNE UN PLATEAU

LE FROMAGE DE LANGRES

PUIS JE FILE VERS LA SUIZE.

QUI SUIS-JE ?

QUAND J’ARRIVE À CHAUMONT

JE SUIS DÉJÀ LA PLUS BELLE

ET JE COURS À JOINVILLE

RENCONTRER LE ROGNON.

MAINTENANT  JE SUIS MAJEURE

AMPLE ET GÉNÉREUSE

JE SUIS D'’ATTAQUE

POUR UNE COUPE DE CHAMPAGNE.

QUI SUIS-JE ?

JE M'’ALLONGE EN JUILLET

DANS LES PLAINES À BLÉ DE LA BRIE

PUIS JE RENTRE À PARIS

AU CÔTÉ DE LA SEINE, MA DOUCE AMIE.

QUI SUIS-JE ?

 

JE SUIS LA MARNE

ET J’'AI VINGT-DEUX ANS ET DEMI.

LES LUMIÈRES DE LA VILLE M’'AVEUGLENT

J’'AI HÂTE DE POURSUIVRE

JE SERPENTE MAINTENANT LENTEMENT

ENLACÉE À MA DOUCE AMIE.

NOUS SOMMES FORTES

NOUS PORTONS DES BATEAUX

PLEINS DE TONNEAUX

NOUS GROSSISSONS

.NOUS GROSSISSONS.

..NOUS GROSSISSONS..

 

ET NOUS ACCOUCHONS

 

ENFIN

DANS L’OCÉAN

QUI NOUS LIBÈRE.

 

 

OLONA

 

 

La mer était  ici

Le flux et le reflux

Le sable et les galets

Et le ciel dégagé

À Saint-Dizier

 

Longtemps la mer est restée

Puis s’en est allée

Laissant un marais

À Saint-Dizier

 

La haute vallée de la Marne s’ouvre

à Roches-sur-Marne

À Marnaval et au-delà

De la Noue jusqu’à Perthes

L’estuaire ancien, le plat pays

 

La forêt qui borde ce rivage

Où le chêne est roi

Se rappelle des druides

Cueillant  le gui sacré

 

Où es-tu, Olona ?

Disparue,  engloutie

Tes tours insolentes reposent

Dans une ballastière.

Tu cherches au fond un Calin

Pour te redresser fièrement ?

 

 La ville d’Is, Sodome et Gomorrhe

Dieu sen souvient

Mais de toi, luminaire

Des temps anciens, Olona

De ta grandeur, de ta splendeur

Personne ne se souvient.

 

 

Les Nettoyeurs

 

 

 

Regarde le long des routes,

Les gens sont sales.

Ils balancent tout par la fenêtre.

Leur véhicule, c’est leur maison.

La France, une poubelle.

Nous, nous sommes les nettoyeurs.

Toi seul, tu peux récupérer

Ce que dix, vingt personnes jettent.

Car toi, tu es beau et bon.

Tu peux cracher sur cette humanité,

Tu peux l’insulter,

Tu sais, elle ne changera pas.

Ceux qui salissent,

Tu les connais,

Ils ne sont ni pauvres, ni riches,

Ce sont des raclures de l’univers.

Ils sont moches, et

Ils empestent la charogne.

Ils sont très nombreux

Mais nous les aurons,

Car nous sommes plus forts qu’eux.

Vivement qu’ils retournent travailler

En septembre,

Avec tous leurs sales gosses !

Enfin, nous serons tranquilles,

Et nous pourrons nettoyer.

 

 

DÉESSE MÈRE

 

 

TU PUISES AVEC EXCÈS

DANS LE SOL ET DANS L’EAU DE LA TERRE

TU VIOLES LES DESSOUS DE LA DÉESSE MÈRE

TU T’EXPOSES À DE LOURDES SANCTIONS

TU DEVRAS PAYER DE TON SANG

TU VEUX LE PÉTROLE ET L’OR

DÈS LORS TU N’ÉCHAPPERAS PAS À TON SORT

QUAND TU N’AURAS PLUS D’ÉNERGIE

QUAND TU SERAS AU BOUT DE TA VIE

VERS L’ORIENT TU TE TOURNERAS

ALORS TON FRÈRE TE DIRA

ASSIEDS-TOI ET DIS-MOI

 DE QUELS MAUX SOUFFRES-TU ?

JE N’AI PLUS D’ESSENCE

LUI RÉPONDRAS-TU !

NE COMPRENANT PAS

TON FRÈRE TE RÉPONDRA

TU VIENS SEULEMENT D’ARRIVER

ET TU VEUX DÉJÀ REPARTIR

TU N’ES PAS BIEN ICI AVEC MOI !

 

 

Auto-stop

 

Le permis de conduire,

Est un document indispensable,

Dans le monde actuel.

Rouler est un acte

Que l’on fait presque machinalement,

Comme se brosser les dents.

 

Quand nous n’avons plus de titre de transport,

Notre vie change du tout au tout.

Je me suis donc rendu chez mes parents,

Pour le sacro-saint repas de Noël,

Le 25 décembre 2007 à midi, en « auto-stop ».

 

 Des personnes qui faisaient le même voyage,

Pour ce rendre dans leur famille,

Se sont arrêtées sur le bas-côté de la route, à Wassy.

 Je me suis donc retrouvé, a l’arrière

Du véhicule, à coté d’un panier en osier,

Rempli de bouteilles de vin aux noms attrayants:

Savigny-les-Beaune, Chassagne-Montrachet etc...

L’automobile était confortable, et

Le « gling gling » des bouteilles

Rendait le voyage bucolique.

Nous arrivâmes sur les hauteurs du village.

Sorti de ma rêverie gourmande,

 Je demandai spontanément au chauffeur

De me déposer près du panneau,

Eurville-Bienville.

En réalité, mes jambes voulaient marcher,

Et ma curiosité toujours intacte

Voulait revoir les endroits familiers,

Les murs, les arbres, les ruelles et les rues,

D’où jailliraient les souvenirs d’enfance.

Expérience mystique, car les impressions

Furent décuplées, rien que par le simple fait

De marcher.

Je me retrouvai, tel le pèlerin

Arrivant sur le lieu de culte,

Chez mon père et ma mère.

Après les embrassades, l’apéritif, nous passâmes à table.

Le goût des aliments était décuplé lui aussi.

Escargots et huîtres avaient une saveur incroyable

Car je n’avais pas, non plus, fumé de cigarettes.

J’avais les mains encore fraîches et un véritable appétit

Me saisissait. Filet de biche sauce grand veneur,

Accompagné d’une bouteille de vieux bordeaux que mon frère

Avait débouchée à température.

Tout ceci me laissa coi,

A la fin du repas, je me réchauffai encore

Près de la cheminée et retournai des bûches

Mal disposées à brûler.

Plus tard, je repartis comme j’étais venu...

À pied